Définition : un titre de créance, pas un fonds
Un produit structuré est un titre de créance émis par un établissement financier, le plus souvent au format EMTN, dont la rémunération et le remboursement sont calculés selon une formule contractuelle connue dès l’émission et référencée à un actif financier : un indice, une action, un panier, un taux.
Cette qualification juridique n’est pas un détail. Elle emporte trois conséquences que beaucoup de souscripteurs découvrent trop tard.
- Vous ne détenez pas le sous-jacent. Ni les actions, ni l’indice. Vous ne percevez aucun dividende et n’avez aucun droit de vote.
- Vous êtes créancier d’une banque. Si elle fait défaut, la formule ne vous protège de rien, quelle que soit la performance du sous-jacent.
- Ce n’est pas un fonds. Aucun gérant, aucun arbitrage, aucune décision discrétionnaire en cours de vie : la formule s’applique mécaniquement.
On parle indifféremment de produit structuré, de placement structuré ou de fonds à formule — cette dernière appellation, héritée des OPCVM garantis, prête à confusion puisque la très grande majorité des produits distribués aujourd’hui sont des titres de créance et non des fonds.
De quoi un produit structuré est-il fait
Pour fabriquer la formule, l’émetteur décompose schématiquement votre nominal en deux poches.
La première est une composante obligataire : en plaçant une partie de votre argent à son propre taux de financement, l’émetteur sait reconstituer une fraction déterminée du capital à l’échéance. La seconde est un budget d’options : avec le reliquat, il achète et vend des options sur le sous-jacent. C’est cette seconde poche qui dessine le profil de gain.
Un exemple parlant : plus les taux sont élevés, moins la composante obligataire coûte cher, et plus le budget d’options est important. C’est pourquoi les produits à capital garanti, presque introuvables dans les années de taux nuls, sont redevenus proposables.
D’où vient le coupon
Un coupon de 10 % par an, quand le taux sans risque est à 2 %, n’est pas un cadeau. Il est financé, et par trois leviers principaux — chacun ayant un coût pour vous.
- La vente de volatilité. Plus le sous-jacent est agité, plus les options vendues rapportent. Un coupon élevé signale donc un sous-jacent risqué.
- L’abandon des dividendes. Les grands indices sont publiés dividendes non réinvestis : le CAC 40 que vous lisez dans la presse ne les intègre pas. Ces dividendes abandonnés financent l’essentiel de votre coupon.
- Le plafonnement du gain. En renonçant aux scénarios très haussiers, vous achetez votre protection à la baisse.
S’y ajoutent des mécanismes qui gonflent le coupon en dégradant le profil : un Worst-of sur plusieurs actions, une barrière constatée en continu, un indice décrément, une devise étrangère non couverte. Quand un coupon dépasse nettement ceux du marché, l’un de ces mécanismes est presque toujours présent.
Les grandes familles
Quelques structures couvrent l’essentiel de ce qui se distribue en France.
| Famille | Rémunération | Profil |
|---|---|---|
| Autocall | Coupon + rappel anticipé | Marché stable ou peu baissier |
| Phoenix | Coupon conditionnel détaché | Revenu régulier conditionnel |
| Athéna | Gain capitalisé, versé au rappel | Pas de besoin de revenu |
| Reverse Convertible | Coupon fixe inconditionnel | Rendement élevé, protection faible |
| Capital garanti | Participation plafonnée | Préservation du nominal |
| Participation | Indexation à la hausse | Vue haussière |
Le détail de chacune, avec ses avantages et ses coûts, figure dans les fiches familles.
Les risques
La documentation commerciale insiste sur le risque de marché. Il n’est ni le seul, ni toujours le plus important. Les six risques réellement portés sont détaillés dans le guide des risques : perte en capital, crédit de l’émetteur, rendement nul, liquidité, réinvestissement, change.
Le plus négligé est le deuxième. Un produit « à capital garanti » émis par une banque défaillante ne garantit plus rien : ces titres ne bénéficient d’aucune garantie des dépôts et entrent dans le périmètre du mécanisme européen de renflouement interne.
Comment lire une proposition
Trois questions suffisent à cadrer l’essentiel.
- Qui est le débiteur ? Nom exact de l’entité émettrice, identité du garant, et les trois notations — elles divergent souvent.
- Où sont les barrières, et comment sont-elles constatées ? Une barrière à 65 % relevée chaque jour pendant huit ans n’a rien à voir avec la même barrière relevée un seul jour.
- Comment le coupon est-il financé ? Plafond, dividendes abandonnés, décrément, Worst-of : identifier la source, c’est comprendre le produit.
Et une règle : exiger le document d’informations clés avant la brochure commerciale. Le premier est réglementaire, standardisé et comparable ; la seconde n’a aucune valeur contractuelle.
Questions fréquentes
Un produit structuré est-il risqué ?
Oui. La plupart ne comportent aucune garantie de remboursement du capital : si la barrière de protection est franchie à la constatation finale, la perte est proportionnelle à la baisse du sous-jacent et peut être totale. S’y ajoute le risque de défaut de l’émetteur, qui n’est couvert par aucune garantie des dépôts.
Quel rendement attendre d’un produit structuré ?
Aucun rendement n’est garanti. Les coupons affichés sont des maximums conditionnés à des niveaux de marché. Le rendement réellement perçu dépend du nombre de constatations réussies et de la date de remboursement anticipé, qui ne sont connus qu’a posteriori.
Peut-on revendre un produit structuré avant l’échéance ?
C’est généralement possible, mais au prix de rachat affiché par l’émetteur, qui n’y est le plus souvent pas contractuellement tenu. Ce prix peut être sensiblement inférieur au nominal, y compris quand le sous-jacent est au-dessus de toutes ses barrières. Ces produits doivent être souscrits avec l’intention de les porter jusqu’au terme.